Comment devient-on médecin isotopiste ?

Je ne vais pas trop vous décrire le cursus, il y a des gens qui font ça beaucoup mieux que moi. Si c’est votre question, rendez vous plutôt sur les pages Facebook ou Twitter de l’ANAIMEN, l’asso des internes et assistants de médecine nucléaire.

Je vais plutôt vous parler de mon parcours et de comment je suis arrivé là.

Par hasard.

C’est über-cliché-bateau, mais si vous connaissez une spécialité qui se vend(ait) plus mal auprès des étudiants que la mienne, je suis preneur. Nos enseignants viennent devant les étudiants en premier cycle uniquement, faire des cours sur-chiants, sans quasi-jamais parler de ce qu’on fait en vrai, pas de cours en sémiologie, (très souvent) pas de stages d’externat, service au sous-sol, présence auprès des confrères minimale… Heureusement j’ai l’impression que tout ça change.

Donc retour à mon nombril. Une P1 dans une petite fac de l’Est, externat plutôt heureux à quelques exceptions (sur lesquelles je reviendrai, elles ont leur importance), bon résultat à l’internat et arrivée dans la grande ville dans laquelle je suis toujours, disciplines médicales, avec le projet de faire de la dermato. Après avoir été reçu comme un chien dans un jeu de quilles, je suis allé voir les internistes du cru, où j’ai été bien mieux reçu. C’était parti.

Premier choix de stages, pris d’une angoisse liée à mon origine petit CHU, j’ai directement pris le poste en gériatrie qui me garantissait d’intégrer la médecine interne. Voilà, c’était pas mal, bien encadré, j’y ai appris les ficelles du boulot d’interne. Ensuite, direction endocrino au CHU, service de ouf, recrutement démentiel, super-stage. Et puis après, le stage de dermato en périph-pas-loin-où-vont-les-internistes-pasque-au-CHU-bon-voilà. Et là ça c’est moins bien passé, je m’y suis un poil ennuyé, pas top avec les chefs, franchement moyen avec l’équipe, agacement, quelques conflits, morose, très routinier, aussi. J’étais devenu nerveux, dur, insensible, en colère, peut-être un poil burn-out, même si le concept n’était pas à la mode à l’époque.

J’ai aussi à cette période entrevu le côté compétitif de la carrière hospitalo-universitaire dans cette spécialité, et notamment eu une conversation avec un jeune interniste senior, bourreau de travail, surinvesti dans le service et auprès des étudiants, qui ne voyait guère qu’un déménagement lointain pour un poste pas très bandant comme suite à sa carrière… Bref, mauvaise période.

Sur ces entrefaites, entrée dans le service d’une sympathique patiente avec un bel érythème noueux bien gratiné, via les urgences, ma chef me demande de lui demander une scintigraphie au gallium dans l’idée d’une sarcoïdose (l’ironie de la chose ne vous échappera pas KrrrKrrrKrrrKrrr). J’appelle un des services du CHU, je tombe sur un interne très sympa, qui a d’ailleurs été plus tard l’AHU de mon dernier semestre, et je lui pose la question fatidique : « Et sinon, toi, dans ta spécialité ? Il y a de la place ? Les perspectives sont bonnes ? » Donc là, boulevard pour lui, la pyramide des âges, les postes hospitaliers et libéraux, les TEP qui débarquent… Il y avait une place au semestre suivant, le coordonateur de DES pouvait me recevoir rapidement… La maquette de médecine interne était tellement souple, pourquoi ne pas aller y faire un saut ?

[Aparté : radio, je ne me suis absolument pas posé la question. L’occasion a fait le larron, et puis radio c’était le stage d’externe le plus horrible que j’ai fait, avec peu d’apprentissage, patron franchement pervers, PH chelous, ambiance de psychose, et rien à faire si ce n’est des compressions manuelles de fémorales avec TCA > 200. J’ai été bien vacciné.]

Bon là il y a eu beaucoup de surprise autour de moi, les internistes n’ont guère apprécié, de vieux potes m’ont sorti des trucs du genre « T’es trop brillant pour ne pas faire de clinique ». Mais bon, je suis allé l’esprit ouvert dans ce nouveau stage, et j’ai été très bien accueilli, par des gens sympas et consciencieux, formé attentivement et patiemment. Et puis quand tu fermes le service ton premier jour de stage, et qu’il fait jour, c’est pas mal, quand même, hein, faut dire. Je suis resté. J’ai signé.

Les stages étaient centrés sur le CHU et le CRLCC qui y est accolé, c’était inégal en intérêt, mais globalement j’en ai été content. J’aurais été envoyé en périphérie que je me serais mieux rendu compte de l’activité d’un service plus classique que l’activité bizarre d’un des services du CHU et du recrutement ultra-velu de l’autre, mais ce n’est pas bien grave.

J’ai fait une année-recherche que je regrette rétrospectivement, elle ne m’a pas servi à grand-chose à part remplacer, démarrer la biblio, progresser en Word, et elle aurait pu être plus utile à quelqu’un qui avait un vrai projet universitaire.

Alors au milieu de tout ça il a fallu aller faire les cours de DES nationaux, deux sessions de 6 et 4 semaines au CEA de Saclay, en vallée de Chevreuse. Première session en début d’année, avec une semaine de physique pure et dure avec les boules du CEA (génial), 5 semaines de biophysique des radiations, radioprotection, réglementation (qui ont nettement plus piqué). L’occasion de rencontrer plein de gens venus d’à peu près tous les CHU de France, aussi, de se faire de bons amis. Deuxième session de 4 semaines en fin d’année, sur les examens, les traitements. Au top, passionnant, avec des enseignants plutôt sympas. La logistique est rude avec un salaire d’interne (surtout si comme moi à l’époque tu vis avec un salaire de retard), mais le jeu en vaut la chandelle.

Au milieu de cette année CEA – DEA, j’ai eu un appel de mon actuelle associée en toute fin d’après-midi. Je sortais du labo, c’était l’été. Elle m’a expliqué les conditions de travail, la rémunération. Je me suis assis par terre dans l’herbe. Et il y avait un hérisson, d’ailleurs. J’avais jamais vu de hérisson de près.

J’ai fini l’internat, été assistant 2 ans comme convenu avec le patron, et puis je suis parti en libéral. Et c’est cool !

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Une réflexion au sujet de « Comment devient-on médecin isotopiste ? »

  1. Ping : Hé les futur(e)s internes : on s’y est mis à plusieurs | 99 nuances de flou

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