Réfléchissons sur notre environnement de travail.

Excellente lecture dans un très récent BMJ, qui m’a été signalé par @docdu16 (qui est donc manifestement plus à jour que moi pour cette revue 😁) : The practice of radiology needs to change. Ou ici si vous n’avez pas accès au BMJ.

Il y est donc question de radiologie, mais je pense que les problématiques soulevées sont communes à toutes les spécialités d’imagerie. Je m’étais posé certaines d’entre elles après avoir lu deux billets du Dr. Paul McCoubrie, radiologue à Bristol, ici et ici, que j’avais lus rapidement, trouvés drôles, et gardés de côté par inadvertance. Ils m’avaient semblé, à la deuxième lecture, au delà du ton humoristique et parfois provocateur, empreints d’une certaines sagesse, et source de réflexions utiles. (Gardez au moins le premier dans un onglet, je vais y faire plusieurs fois référence)

Oui, j’ai démarré dans le métier avec des examens en planaire uniquement, et ma manière de travailler n’a effectivement plus grand-chose à voir avec celle qui avait cours à mes débuts.

Les examens ont enflé démesurément, et avoir la capacité de se concentrer de manière très intense sur une période déterminée en s’isolant de ce qui se passe dans la pièce et ailleurs est devenue une nécessité. Mon vieux travers de ne rien entendre de ce qu’on me dit lorsque je lis, apparemment très agaçant pour mon entourage, est devenu un vrai confort de ma vie professionnelle, que je chéris. Les interruptions sont effectivement une plaie à cet égard, la règle 18 du premier billet est devenue une nécessité, pas uniquement pour le plaisir de discuter les examens avec les cliniciens. Il a fallu faire quelques ajustements, parfois de façon assez ferme, avec les équipes des services pour préserver. Il faut croire que garder pour soi quelques minutes une question en suspens est devenu un vrai effort sur soi ; un effet de la civilisation du « J’ai envoyé un mail/forwardé le mail » probablement.

L’ergonomie à la console d’interprétation est progressivement devenue très importante à mes yeux ; la console est mon outil de travail le plus évident. Le poste lui-même doit être revu et amélioré régulièrement, ils sont toujours installés dans une certaine précipitation, et il vient toujours un moment où on se rend compte que c’est totalement n’importe quoi. Un bon fauteuil, pas de tour de PC dans les genoux, un tapis de souris impeccable, et une souris qui fonctionne parfaitement 100 % du temps sont des exemples de points réglés récemment. Un logiciel confortable, efficace, et egonomique est le résultat d’un travail conséquent chez son concepteur, et cela a souvent un prix. Tenter des compromis sur ce confort vous fait rentrer à coup de pompe dans le derche l’adage « Le prix s’oublie, la qualité reste ».

L’article évoque également les secondes lectures, et en filigrane, le rythme de travail. L’auteur évoque les difficultés de personnel, notoirement aiguës dans le NHS ; on peut également citer le besoin de faire face à la demande, les rendez-vous chez le clinicien casés 2 heures après la sortie d’examen, et les mauvaises habitudes qu’on prend soi-même. Ne pas aimer rentrer le soir avec ne serait-ce qu’un examen non interprété, dicté, expédié, personne ne me l’a imposé, si ce n’est moi.

Malgré tout, si vous n’êtes pas bien avec un examen, si vous avez un petit goût métallique dans la bouche quand vous avez fini de dicter, n’oubliez jamais que rien ne vous oblige à cliquer sur « Valider » là, maintenant. Un service où l’application ne serait-ce qu’occasionnelle de la règle 7 n’est pas envisageable est un lieu de travail toxique.

La fatigue est parfois une réalité. Il ne s’agit pas de l’épuisement physique et de l’impression d’avoir le cerveau embrumé de la sortie de garde. Plutôt du moment où on a du mal à remobiliser sa cervelle pour produire le niveau d’attention requis. On apprend facilement où sont nos limites, à quelle heure, au bout de combien d’examens, le moment où elles sont dépassées, et quelles stratégies permettent de la contourner. Les miennes sont le chocolat noir, les compotes, les coups de fil aux correspondants, et de sortir prendre l’air. Un vieil ami de la fac, devenu radiologue depuis, m’avait un jour dit qu’il accompagnait souvent les fumeurs pour voir un peu de lumière naturelle, prendre l’air. Laissez croire que vous fumez, cela ne peut coûter au pire que quelques interventions brèves de vos amis…

Quand à l’aide qui pourrait être apportée par l’interprétation assistée, je suis plus circonspect. Utile, sans doute. Voir et interpréter les images, c’est identifier des anomalies, certes, mais aussi, très largement, faire le tri des élements pertinents. Dégager du raisonnement les artefacts, les constatations sans intérêt… Quel industriel concevrait un logiciel qui prendrait le risque d’assumer une partie de ces choix ? Partant de là, où serait la responsabilité ? Je pense sincèrement que cela modifiera, peut-être substantiellement, les modalités de notre pratique. Mais tant qu’il faudra un médecin pour signer un compte-rendu, les rêves d’uberisation de nos professions ne dépasseront pas le cercle des twittos à #HCSMEUF dans leur bio (et quelques jaloux).

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